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17 July 2019

Painting. Presence and Meaning

Lectio magistralis by Maxim Kantor

Excellences,
Chers-ères Collègues,
Mesdames,
Messieurs,

Merci à l’ensemble almondo pour leur belle prestation musicale, pour cette mise en situation.

Je m’appelle Jean Ehret. Je suis le directeur de la LSRS et il me revient de vous introduire à la lectio magistralis de Maxim Kantor. On s’attend donc à ce que je fasse l’éloge de l’artiste, à ce que je vous présente ce peintre, écrivain, graveur… Mais j’aimerais le faire d’une façon qui ne remplace ni sa personne ni son œuvre, toutes les deux présentes elles-mêmes, et d’une façon qui respecte le bon rapport, le rapport de vérité, de justice et de justesse, entre l’homme et l’œuvre. Voici ce que cela donne, à mon sens.

La première chose à dire semble une lapalissade: Maxim Kantor est peintre. Il n’est pas que peintre, mais il est peintre. Il met sa vie, sa personne, soi-même au service de cet art. Ce qui compte, c’est donc son art, l’œuvre. Son corps, son esprit, sa vie se font instrument de la peinture et de ce qu’elle produit, présente, re-présente, présente à nouveau, autrement rend présent. Sur quoi notre intérêt doit-il donc porter d’abord, sur l’homme ou sur l’œuvre ? Sur l’œuvre, d’accord, et puis ? Sur notre attention, notre disposition. Ayons l’œil ouvert, l’esprit alerte, le cœur accueillant, à la fois riche de l’expérience de la vie d’un homme mur et capable d’un premier amour comme un enfant.

La dernière chose à faire serait donc de vous résumer la biographie de Maxim Kantor, d’esquisser son esthétique, de fournir, en un mot, des clefs – si bien que vous auriez les idées toutes prêtes, toutes faites que l’œuvre ne devrait plus que venir corroborer. Ce serait mettre l’interprète au-dessus de l’œuvre, le sens avant la présence, la raison avant la révélation.

Pour comprendre l’œuvre, pour comprendre l’artiste, pour nous comprendre nous-mêmes dans cette relation, restons, un instant, attentifs à nous-mêmes, à ce qui se passe avec nous face à cette toile, dans ce cadre architectural, depuis notre arrivée.

N’est-ce pas déroutant de voir ce tableau comme retable ? Peut-être non, peut-être y avait-il une attente de voir l’art contemporain investir l’espace sacré. – N’est-ce pas curieux de voir un enfant chevaucher un dragon, de voir une famille réunie dans une chambre dont on supporte à peine l’intensité de la couleur, de la voir entourée de rats ? C’est du moins étrange ; c’est à la fois proche de mon appartement et très différent. – Ne dépassons pas ces premières impressions, ce qui nous déroute, déconcerte, dérange, frustre ou fâche. – Pourrons-nous redevenir comme un enfant qui pose les questions auxquelles les adultes ne savent répondre, ces enfants qui font sauter aux yeux les contradictions que nos discours voilent, ces jeunes qui croient encore qu’un autre monde est possible ?

Cette attitude de fraîcheur d’esprit allant de toute façon de pair avec notre vécu, c’est peut-être la meilleure façon d’accueillir Maxim Kantor et ce qu’il va nous dire. C’est une façon, pour rester dans la comparaison avec les âges, de grandir, de percevoir et puis de penser, de mûrir, de nous retrouver dans plusieurs personnages du tableau. Voilà un exercice mental pour développer une approche spirituelle de l’œuvre ; il doit se compléter par l’aspect charnel.

Dans ses Questions disputées sur la vérité, Thomas d’Aquin affirmait en effet : Nihil est in intellectu quod non fuit prius in sensu. Rien n’est dans l’intellect qui ne soit d’abord dans les sens. Notre attention doit donc être – charnelle. On rencontre un tableau comme une personne, avec ce qui nous séduit, nous révulse, nous choque, nous attire, nous questionne, nous irrite… Il y a à voir, à entendre, à toucher, à sentir, à goûter… Les relations impliquent tous nos sens, nos émotions, notre affectivité, nos souvenirs… Un tel tableau nous rappelle d’autres Jugements derniers, mais encore des situations quotidiennes, des visages, des expériences… Les relations s’inscrivent encore dans la durée : il faut du temps pour voir plus, intégrer davantage, pour assimiler aussi ce que nous évacuions d’abord. Et tout peut aussi se jouer sur le moment, par le coup de foudre ou le vide. C’est cette expérience intégrale qui constitue le point de référence de notre réflexion. Primum vivere, deindre philosophari.

Ce que Maxim Kantor va nous dire, vient donc compléter une première approche, votre premier rendez-vous. Cela nous servira à mieux voir pour mieux penser et mieux vivre. Vous pourrez toujours lire par après les informations sur son parcours personnel, sur son esthétique dans le livret ou dans quelques mois dans les actes de la conférence ou dans les livres déjà publiés. Ce sera un apport supplémentaire pour recomposer l’image, pour laisser advenir sa densité propre. Vous êtes peut-être déçus par cette introduction. Elle ne vous dit pas quoi penser. Elle vous invite à accueillir l’œuvre et la parole de Maxim Kantor.

Excellences, chers-ères Collègues, Mesdames, Messieurs, merci de votre attention. And it is now my privilege and my pleasure to hand the floor over to Maxim Kantor.

Jean EHRET


Maxim Kantor’s “The Last Judgment”
© Maxim Kantor/MNHA

I painted this picture in 2018 and it took me a certain time to work on its concept: The Last Judgment. This topic became a great challenge: I had to think about myself and all my life and sins.

This picture is about my life and my own family; it includes the portraits of real people: my father, my three sons, my wife, my mother. At the same time, this picture may symbolize any family, it is basically a symbol for the family. And with this statement I come very close to my central point: this picture might be received as a presentation of the Holy Family. In it, you may find Mary, Joseph, Anna, John the Baptist, etc.

What I consider very important is that our daily life is not closed in itself; somehow, we reflect greater realities then our average existence shows to us. There is always the other level, the definite link to major events, to some other reality that is more significant than ours.

Representing the subject “The Last Judgment” by a family portrait, I wanted to express some very important thought: Judgment is constant – it happens endlessly; each day, you face eternity and moral judgment; in your own inner eyes you are judged each second. To feel, to experience any concrete day as “The Last Judgment” is something that may challenge our usual understanding of daily life.

However, the painting doesn’t only represent “The Last Judgment” but also the Presentation of Jesus in the Temple. The old man (who may be considered as Saint Simeon) meets the Child (who may be considered as Jesus) and simultaneously we see the Child already playing the role of the Judge on the Day of Judgment. Combining in one moment the Presentation of Jesus in the Temple (beginning) and the Last Judgment (the final resolution), does this not embody the process of History itself?

Maxim Kantor (*1957, Moscow), son of the philosopher Karl Kantor, is a painter, graphic, writer, philosopher, art historian, and essayist. He graduated from the Moscow State University of Printing Art in 1980. Since 1982, he took part in unofficial exhibitions. In 1983, he founded in Moscow the underground art group “Red House” and took part in one-day shows.

In 1987 he was invited to Germany by Hans-Dietrich Genscher.

In 1997 he represented the Russian Federation at the 47th Biennale d’Arte of Venice. He held personal exhibitions in many important museums around the world, among which the Moscow State Tretyakov Gallery, the State Russian Museum in Saint Petersburg, Sprengel Museum in Hannover, the Staedel Museum in Frankfrut, the British Museum in London, the Academy of Fine Art in Vienna, and the National Museum in Gdansk (Poland).

Maxim Kantor never joined any artistic group, but rather kept to his own independent message. He created paintings, sculptures, graphic works, livres d’artiste and published novels, essays, papers in art history, plays, and articles, both in Russia and Europe.

He lectures at universities in Europe and in the USA.

In 2016, he became a German citizen. He lives and works on the Île de Ré (France), in Berlin, and in Oxford. (www.maximkantor.com)

 
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