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28 novembre 2019

Enquête dans un monde occidental singulier

Journées d’études à Paris (du 12 au 13 décembre 2019)

Enquête dans un monde occidental singulier
L’anthroposophie entre analogisme, animisme et hybridations

Programme

Jeudi, 12 décembre 2019 (Laboratoire d’Anthropologie Sociale, 3, rue d’Ulm, 75005 Paris, 4e étage)

9h00-12h00 – Steiner en son temps

Ouverture « De l’analogisme en Occident »

  • Aurélie Choné (Université de Strasbourg) – Steiner en son œuvre. Influences et analogisme dans la pensée anthroposophique – Documentaire sur Hilma af Klint (1862-1944), peintre anthroposophe

13h30-17h00 – Réceptions et pratiques steineriennes

  • Nadia Breda (LAS/Université de Florence) – Les problèmes ontologiques soulevés par une communauté anthropomorphe italienne
  • Enzo Nastati (Viva la Vida Fondation) – La communauté La Nuova Terra et la méthode Trinium : une variation de l’anthroposophie
  • Jean Foyer (CNRS/ISCC) – Des ontologies à géométrie variables (en visioconférence)

18h00-19h30 – Témoignage

  • Dr Robert Kempenich (Médecin anthroposophe, Président de l’AREMA) – La loi d’analogie : relations entre le règne de la nature et l’être humain, substances et processus
Vendredi, 13 décembre 2019 (Collège de France, 11, place Marcelin Berthelot, 75005 Paris)

9h00-12h00 – Croyances, pratiques et ontologies

Ouverture : expérimentations de dialogue avec les plantes animées par Enzo Nastati

  • Christelle Pineau (IIAC/EHESS) – Vignerons « nature ». La biodynamie et ses harmoniques
  • Sébastien Carcelle (LAS/EHESS) – Faire pousser l’énergie. L’homéopathie rurale au Brésil
  • Elise Demeulenaere (CNRS/Centre Alexandre Koyré) – Les ontologies émergentes

14h00-16h00 – Session de travail

Échanges avec nos trois écoutants :

  • Patrick Goujon (EHESS/Cesor)
  • Vanessa Manceron (LESC/EHESS/CNRS)
  • Mati Lepetre (CRH/EHESS)

Conclusion – Bilan et perspectives de recherche

Argumentaire

La proposition de ces journées d’études, pensées comme un workshop de chercheurs ouvert au public, est de poursuivre la réflexion engagée lors du colloque organisé à l’Université de Lausanne en décembre 2017 intitulé « Spiritualité et scientificité dans les agricultures alternatives » qui doit donner lieu à la publication prochaine d’un ouvrage collectif. Ce groupe de chercheurs issus de différentes disciplines (anthropologie, sociologie, études culturelles, histoire, philosophie, géographie, etc.) s’intéresse aux formes d’agricultures alternatives et à leur composante « spirituelle » au sens large du terme. Cela nous conduit à porter notre attention à des personnes et des groupes d’acteurs, liés au milieu agricole et à la militance écologique, enchâssant leurs pratiques quotidiennes dans des croyances et des représentations du vivant originales. Les travaux présentés avaient notamment permis de discuter les visions du monde à l’aune des ontologies telles que dessinées par Philippe Descola. En effet, cette recherche sur les agricultures alternatives permet d’explorer une des intuitions de Par-delà nature et culture sur la résurgence de la pensée analogique en Occident à l’intersection du New Age, de la pensée orientale et des médecines alternatives (Descola 2005 : 285) en cherchant à comprendre ces entrecroisements et à en décrire les effets sur le monde. De fait, les enquêtes de terrain effectuées un peu partout dans le monde, mais principalement en Europe, permettent de plonger dans des univers qui s’apparentent profondément aux mondes « analogiques », au cœur même de sociétés naturalistes, tout en alliant des caractéristiques parfois animistes.

Hilma af Klint, Guggenheim Museum, New York – Photo : N. Breda, déc. 2018Au sein de ces milieux agricoles alternatifs, une figure intellectuelle se dégage plus singulièrement, celle de Rudolf Steiner (1861-1925), considéré à la fois comme le père de la biodynamie et une source importante pour l’agriculture biologique. Il est l’auteur d’une œuvre gigantesque et très controversée allant des techniques agricoles (Le cours aux agriculteurs) à la description de l’action complexes de nombreux êtres spirituels dans le monde vivant, le tout dans un mouvement de pensée originale : l’anthroposophie. Penseur inclassable, ses écrits sont encore lus, débattus, interprétés et commentés aujourd’hui, en Europe comme ailleurs, un siècle après leur parution. Mais ils se présentent comme un corpus clos, sui generis et assez hermétique (Breda 2016 : 134), au demeurant relativement peu étudié par les chercheurs. En outre, la majorité des agriculteurs qui s’inspirent de ses principes agronomiques ne connaissent pas directement son œuvre. Ainsi, Steiner et sa pensée se trouvent comme isolés, atemporels, alors même qu’ils imprègnent et façonnent les gestes agricoles de nombreuses personnes au quotidien. C’est à ce paradoxe que ces journées d’études souhaitent se consacrer avec un questionnement résolument anthropologique mais une démarche interdisciplinaire. Pour ce faire, une première étape nécessaire sera de resituer Steiner dans son époque, l’Autriche de la fin du XIXe jusqu’à l’entre-deux-guerres, milieu intellectuel et culturel bouillonnant. Il s’agit en effet de comprendre les sources et les influences auxquelles il a lui-même puisé, une forme d’analogisme inspiré par un certain orientalisme, mais également la tradition allemande et le romantisme de Goethe (Choné 2013).

L’entrée dans une compréhension accrue de la pensée de Steiner par une approche à la fois philologique et historique est une étape nécessaire mais non suffisante. Car à partir de là, l’enjeu est de comprendre comment il est reçu aujourd’hui, et par le biais de quels médiateurs. La réception de ce corpus se fait dans des contextes très différents de celui de son élaboration et avec une troisième ou quatrième génération de lecteurs. En outre, l’objectif est aussi de saisir quels fragments de ces idées sont réappropriées et reconfigurées au jour le jour par des pratiques d’acteurs issus du monde agricole et de la santé. En effet, dans la circulation des connaissances dans les milieux écologiques on observe une certaine porosité entre les savoirs agronomiques et des représentations du vivant portées par des pratiques de soin alternatives. C’est le cas au Brésil avec l’homéopathie rurale « toujours ouverte aux synthèses les plus hardies » (Faure 2002 : 96), mais il en va souvent de même en Europe avec la biodynamie (Foyer 2018) ou les vins « nature » (Pineau 2019). Cette apparente plasticité est très certainement une des spécificités de cette forme d’analogisme sur laquelle nous entendons nous pencher, d’autant plus surprenante que le corpus anthroposophique apparaît comme un cercle herméneutique fermé sur lui-même. Comment les personnes qui s’engagent dans cette voie alternative recomposent des mondes, de manière plus ou moins consciente et en s’inspirant de sources diverses, faisant naître sans cesse des cosmologies singulières et originales bien qu’apparentées ? L’entrecroisement entre des enquêtes de terrain, la parole donnée aux acteurs eux-mêmes, des exercices pratiques et des apports plus théoriques seront particulièrement adaptés pour essayer de répondre ces questionnements. En résumé, deux questions sous-tendent ces journées d’études : peut-on affiner la compréhension de cette forme singulière d’analogisme occidental d’une part, et d’autre part, est-il possible de construire une typologie des modes de réception de l’anthroposophie ?

Dans ces mondes analogiques, chacun peut donc élaborer sa propre cosmologie et placer une plus ou moins grande dimension spirituelle dans ses gestes. Aussi, dans la suite du questionnement soulevé lors des rencontres de Lausanne, l’effort de ces deux journées porte sur le pôle « spirituel » afin d’en affiner les contours. Outre la participation aux débats des personnes elles-mêmes engagées dans ces pratiques, il est prévu de se doter d’un éclairage méthodologique issu des sciences religieuses. Ainsi, le travail collectif devra nous permettre de mettre en mots l’expérience spirituelle spécifique à ce monde analogique singulier, qui laisse place à des configurations « syncrétiques » avec d’autres manières d’être au monde. Une demi-journée de session de travail collectif est prévue à cet effet pour permettre les échanges.

(Bibliographie – voir le document en annexe)

Enquête dans un monde occidental singulier
PDF 569.4 ko, 27 novembre 2019
 
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