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Philosophie contemporaine – L’École de Turin
14 décembre 2020

Le fil rouge du mysticisme

Antonio Dall’Igna

Dans mon activité de chercheur à l’Université de Turin, je travaille sur cinq lignes de recherche. Chaque ligne peut être liée à l’École de Turin et plus particulièrement aux domaines de recherche du Professeur Gianluca Cuozzo.

Mes domaines de recherche sont les suivants :

  • 1. Le mysticisme spéculatif de Maitre Eckhart
  • 2. La pensée de Nicolas de Cues
  • 3. La philosophie de Giordano Bruno, surtout sa métaphysique, sa gnoséologie et sa magie naturelle
  • 4. La philosophie de la nature contemporaine, spécialement les pensées de Serge Latouche, Michel Maffesoli, Günther Anders, Jean Baudrillard et Gianluca Cuozzo
  • 5. La pensée de Simone Weil, en m’attachant notamment à sa conception du mal et aux autres problèmes métaphysiques

Ces domaines sont tenus ensemble par le fil rouge du mysticisme considéré comme cette part de la philosophie qui concerne les niveaux les plus élevés de la connaissance et de l’amour, de l’intellect et de la volonté et la conversion de l’homme à l’Origine, à la vérité, c’est à dire la possibilité pour l’homme de faire la connaissance et l’expérience de son fondement, de développer son interprétation de la vérité. Dans le mysticisme l’être humain est lui-même une interprétation de la vérité et il se trouve dans la condition de réaliser cette interprétation, fondée sur la conception de l’imago Dei. Ce schéma métaphysique peut être rattaché à la pensée de Luigi Pareyson pour qui la personne est placée dans une relation entre la vérité et l’interprétation [1].

Les deux domaines de recherche portant sur Maitre Eckhart et Nicolas de Cues son liées à l’enseignement de Gianluca Cuozzo et doivent beaucoup à son livre Mystice Videre [2]. De plus, mes études sur Maître Eckhart [3] ont toujours tenu compte de l’enseignement du Professeur Alessandro Klein de l’Université de Turin ; brillant élève de Luigi Pareyson, il a travaillé sur Maître Eckhart [4], Franz von Baader, Soeren Kierkegaard, la philosophie de la Renaissance, le néoplatonisme et le Romantisme.

Mes recherches sur Giordano Bruno [5] sont également liées au mysticisme en tant qu’interprétation de la vérité. Je pense qu’il est possible de reconnaître dans la philosophie de Bruno une question qui concerne les relations entre la liberté et la nécessité, relations qui se déroulent surtout au niveau de la condition de l’être humain dans la vicissitude naturelle. La condition de l’homme dans la vicissitudo comporte un côté tragique : il suffit de penser au furioso, l’être humain qui saisit la vérité dans son intériorité et qui est considéré comme étant déchiré par son rapport avec la divinité, d’un coté, et le devenir, de l’autre coté. Le trait tragique porte sur le problème de la liberté, sujet de première importance pour la pensée de l’école de Turin [6].

Quant à l’intérêt pour la philosophie de la nature contemporaine, c’est en collaborant avec le Pr Cuozzo [7] que je l’ai développé ou, plus précisément, que je suis revenu sur les problèmes de l’écologie suivant une modalité philosophique après mes études antérieures dans le domaine de l’ingénierie environnementale. Ces questions entretiennent également un rapport avec le mysticisme parce que l’attitude écologique suppose un travail intérieur de l’homme ; elle comporte en effet une lecture profonde de la réalité, la reconnaissance et le respect des limites naturelles et le choix d’agir de manière écologique.

La pensée de Simone Weil présente des similitudes avec la philosophie de Luigi Pareyson [8]. Weil affirme que Dieu est l’origine du mal. Il s’agit d’un schéma métaphysique différent de celui de Pareyson mais l’idée de la présence du mal dans l’origine du tout est très importante pour saisir le différents degrés et niveaux de la réalité et la complexe dimension de l’autonomie humaine. La liberté de l’homme peut actualiser la présence de la divinité en l’être humain ; elle reste en même temps transcendante. Cette liberté humaine peut aussi réactiver le même mal qui demeure limité et surveillé dans la perfection divine. Dans la même optique, on pourrait également rapprocher et comparer le thème de la souffrance dans la philosophie de Luigi Pareyson [9] et la notion de malheur dans la pensée de Simone Weil.

Le problème du mal, à partir de sa contradictoire présence en Dieu, se révèle fondamental pour d’autres aspect de mes études. Par exemple, l’importance de la Lampas triginta statuarum de Giordano Bruno est déterminée par la présence du chaos au niveau originaire, dans la forme d’une stratification, de la totalité ontologique du réel [10]. Et dans la pensée de Serge Latouche j’ai mis en évidence le principe de la catastrophe, qui représente une force chaotique originaire au niveau métaphysique [11].


[1Voir Luigi Pareyson, Verità e interpretazione, Milano, Mursia, 1971. La vérité comme origine est déjà fondamentale dans la pensée d’Augusto Guzzo : « […] un motivo che ispirerà tutto il filosofare di Guzzo, l’idea che la verità non sia oggetto ma fonte e origine di tutta la vita spirituale : un motivo che ritroveremo in tutti i filosofi torinese […] » (Giuseppe Riconda, Torino 1950-1990 : il pensiero religioso, in : Giuseppe Riconda, Claudio Ciancio (éd.), Filosofi italiani contemporanei, Torino, Mursia, 2013, p. 257).

[2Gianluca Cuozzo, Mystice videre. Esperienza religiosa e pensiero speculativo in Cusano, Milano-Udine, Mimesis, 2012.3.

[3Voir Antonio Dall’Igna, Homo ab humo dicitur. La radicalità del rapporto Dio-uomo nel “Commento al Vangelo di Giovanni” di Meister Eckhart, Milano-Udine, Mimesis, 2017.

[4Voir Alessandro Klein, Meister Eckhart. La dottrina mistica della giustificazione, Milano, Mursia, 1978.

[5Voir Antonio Dall’Igna, Alla caccia della divina sapienza. Il misticismo di Giordano Bruno, Milano-Udine, Mimesis, 2015.

[6« Il personalismo ontologico pareysoniano di matrice esistenzialistica portava in primo piano il problema della libertà […] Egli ha sempre insistito sul rapporto che si dà nell’ermeneutica fra verità e libertà, sino a dire che non c’è altro accesso all’essere che la libertà » (Giuseppe Riconda, Torino 1950-1990 : il pensiero religioso, in : Giuseppe Riconda, Claudio Ciancio (éd.), Filosofi italiani contemporanei, Torino, Mursia, 2013, p. 269-270).

[7Voir, parmi les nombreux ouvrages, Gianluca Cuozzo, Filosofia delle cose ultime. Da Walter Benjamin a Wall-E, Bergamo, Moretti&Vitali, 2013 ; idem Utopie e realtà. Tra desiderio dell’altrove, ecosofia e critica del presente, Bergamo, Moretti&Vitali, 2015 ; idem, La filosofia che serve. Realismo. Ecologia. Azione, Bergamo, Moretti&Vitali, 2017 ; idem, Etica dei resti, Brescia, Morcelliana, 2020.

[8Voir Luigi Pareyson, Ontologia della libertà. Il male e la sofferenza, Torino, Einaudi, 1995, 2000.2.

[9« Sono noti i due principi del pensiero tragico che tanto interesse ha indubbiamente suscitato nell’ambiente filosofico contemporaneo : quello della realtà positiva del male nella sua negatività e quello della solidarietà degli uomini nella colpa e nella sofferenza, ossia del valore rivelativo e redentivo della sofferenza » (Giuseppe Riconda, Torino 1950-1990 : il pensiero religioso, in : Giuseppe Riconda, Claudio Ciancio (éd.), Filosofi italiani contemporanei, Torino, Mursia, 2013, p. 271).

[10Voir Antonio Dall’Igna, La dottrina metafisica delle statue nella Lampas triginta statuarum di Giordano Bruno, in : Lettere italiane, 2018, n. 2, p. 229-253.

[11Voir Antonio Dall’Igna, Occidentalizzazione del mondo e suoi limiti in Serge Latouche, in : G. Cuozzo, Resti del senso, Roma, Aracne, 2012, p. 83-101 e Antonio Dall’Igna, Serge Latouche e Michel Maffesoli tra filosofia ed ecologia, in : Filosofia, LX (2015), p. 55 73.

Antonio DALL’IGNA, Ph.D.

Chercheur dans le domaine de la philosophie théorique

 
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