Dans son article Shemo Moshè, une contribution au livre Sporen van onderdrukking, bevrijding en herschepping (‘Traces d’oppression, de libération et de ré-création en Exode 1-3’), Chris Doude van Troostwijk applique la ‘méthode’ de la théologique inventive. Pour ceci, il cherche d’abord ce qui pourrait provoquer la recherche : l’énigmatique passage où la fille du Pharaon donne le nom à son fils adoptif. La phrase se lit comme une anagramme miroitée : watikra shemo moshè (‘Elle l’appelle Moshè’, Ex. 2 : 10). Comment interpréter ce schemo-moshè) ?
Ensuite, il propose d’appliquer des doublettes conceptuelles : pour trouver, il faut chercher en s’orientant, dans le cas échéant, avec l’aide de la tension entre autrement de particularité de noms génériques et la singularité des noms propres. Dans les récits d’ouverture, Moïse est identifié par sa fonction narrative et son appartenance au clan pharaonique. On dérive le nom Moshè de la racine masha (tirer) : la fille divine du Pharoa a tiré son fils du Nil, rivière également divine. On lit le nom aussi comme Mosis, mot égyptien pour ‘fils de’, comme dans les noms des pharaons Ramosis (fils du dieu Ra) ou Thotmosis (fils de Thot). Ainis Moshè apparaît comme étant un nom manqué : il est fils sans père divin, fils né sous X.
Enfin, l’énigme biblique se dissolue quand le concept ‘fils de…’ se transforme en nom propre. Au moment où Moïse rencontre la Voix de l’Éternel auprès du buisson ardent, il entend deux fois son nom manqué, Moshè, Moshè. Le futur prophète prend cet appel à la fois pour un impératif et une vocation. Par sa réponse – hinneni, ‘me voici’ -, il s’autodéfinit de façon singulière. (Le me et le ici constituent un double pronom déictique, indication philosophique de ce qui est non-remplaçable et incomparable.) Grâce à la rencontre avec le Singulier absolu, Moïse arrive à s’auto-singulariser et de se libérer de l’emprise égyptienne. Ainsi, le livre d’Exode dépasse largement le cadre religio-narratif d’une histoire épique. Il raconte le dynamisme spirituel de singularisation. Est-ce que la tradition juive l’a senti en nommant le deuxième livre de la Bible par le nom des Shemot (noms) ?
Chris Doude van Troostwijk, ‘Sjemo Mosjè : singularisering als voorwaarde voor Bijbelse bevrijding’, in : Bas van den Berg, Barbara de Kort (red.), Sporen van onderdrukking, bevrijding en herschepping in Exodus 1-3. Hengelo : Volzin 2025, p. 191-206